Nouvelles de Cuba

Ils s’étaient échappés de la république bananière de San Pancracio. Originaires de ce territoire insignifiant placé sur la trajectoire des ouragans, ils étaient unis par un autre indicateur : ils n’avaient connu pour tout gouvernement que celui de la sinistre famille et, à son sommet, La Momie, qui, à cent ans révolus, avait enterré tous ses collaborateurs y compris leurs propres enfants.

La moitié des Pancraciens ou presque avait pris, par des voies diverses et secrètes, le chemin de l’exode. Cet exil n’était plus la pépinière militante qu’il avait été quelques décennies plus tôt, comme à l’époque où un beau jeune homme devenu une personne très âgée et encombrante était la figure de proue du marxisme dans le Tiers-Monde. Rien de tout cela ! Les Pancraciens qui s’étaient échappés cinquante ans après cette geste à demi effacée de la mémoire collective, détestaient secrètement La Momie, mais ils évitaient de la mentionner et de penser à elle. Ils allaient et venaient entre la république bananière et le pays où ils vivaient avec la même indifférence que pour se rendre à leur cours de gym ou chez l’esthéticienne du quartier. Si La Momie pouvait se vanter d’une chose, c’était que par fatigue, inertie voire autoprotection, ses crimes les plus abjects, son pouvoir hégémonique, la destruction d’un peuple et tout ce que son gouvernement interminable avait de malsain et néfaste, était tombé dans l’oubli.

Résumé

L’histoire de l’île de Cuba est tumultueuse, conçue par tous les étrangers qui l’ont successivement envahie pour en faire leur « chose » et la ployer avec la force de leurs désirs. Elle n’a pas rompue, réinventant son identité aux rythmes entraînant de la musique métisse qu’elle a su installer pour elle-même dans les cœurs de ses habitants. Ce grand mélange des influences venues d’Europe, d’Afrique, d’Asie et du puissant voisin américain s’est solidement constitué sur les ruines autochtones, balayées par les violences de l’Histoire. Ce melting pot débarqué de l’extérieur s’est mué en une culture à part entière, aisément repérable, avec ses codes et ses douleurs, son charme et ses plaisirs. Elle aurait pu ne jamais advenir. Qu’on en juge !

Depuis le débarquement de Christophe Colomb qui s’imagine en Chine, autour de ces mers agitées, les pirates, les corsaires et tous les flibustiers s’en donnent à cœur joie. Le trafic maritime est tel qu’il laisse l’imagination et la cupidité des plus téméraires se débrider. Les cales des bateaux sont pleines, dans les deux sens. Un coup de chance peut rapporter gros. Le Jolly Roger, le pavillon noir orné d’une tête de mort, et L’Île au trésor (1883) de Robert Louis Stevenson sont nés dans ces parages, donnant encore d’autres couleurs au mythe cubain qui se constitue.

Après la colonisation espagnole, après la domination américaine, après poigne de Fidel Castro, une identité cubaine s’est affirmée qui donne aux textes proposés ici une résonnance particulière, ancrée clairement dans la modernité du monde.

Informations

ISBN 978-2-35074-372-1
Date de parution février 2016
Façonnage Broché
Dimensions 20 x 13 cm
Pages 144
Illustré Non

Thèmes associés

Cuba, iles

Région(s)

Amérique latine, Îles
Prix :

12,00