Nuit polaire, été austral
Isabelle Autissier : "À sa façon, Vincent Hilaire est un témoin. Au-delà des tâches quotidiennes, c’est le rêve qui prend la forme de ce grand corps de glace sculpté par les vents, en perpétuelle évolution, suivant les spasmes des courants, vivant son propre destin, à la fois étranger et si intimement lié à nos vies de Terriens. La planète n’est qu’une, nous l’oublions souvent, et pendant que nous vaquons à nos occupations essentielles ou puériles, elle vit loin de nos regards. Il fallait donc un regard, celui du photographe, pour nous le rappeler. Le monde glacé est impressionnant, angoissant, il développe une puissance extrême et les hommes n’y sont, là-bas, que d’impuissantes sentinelles. Mais la glace sait aussi se faire tendre dans le vol d’un flocon, fragile dans sa fonte inexorable, artiste ciselant son peuple de monstres et ses châteaux forts.
On peut, en regardant des photographies, se laisser seulement aller à l’esthétisme, et pourquoi pas ? On peut se laisser emporter par les formes et la composition du tableau ; on peut évoquer la force mentale qui a mené les hommes dans ces confins, et perdre ses pensées sur les traces des explorateurs d’hier et d’aujourd’hui ; on peut se laisser aller à la curiosité, le plus utile des défauts, pour ce monde de l’étrange ; on peut aussi s’interroger sur l’avenir et les conséquences de la modification inexorable de ce colosse en équilibre qu’est notre système planétaire."












